Interviews/Bluray - Box II/Kunio Tsujita
- Traduction jp->fr proposée par Andromak2000.
- Mettez un lien vers cette page plutôt que de copier ailleurs.
-Il semblerait que « Saint Seiya » ait été votre premier travail concernant les séries télévisées.
Oui c’est exact. Il me semble que c’était plus ou moins au cours de ma deuxième année chez Toei Animation.
-Pourriez-vous nous dire quelles sont les démarches à suivre pour réaliser un travail de design de couleur ?
À l’époque, chez Toei, il y avait un système de designer artistique. Il y avait donc un seul designer artistique qui fixait les couleurs pour l’ensemble de l’écran. Dans « Seiya », c’était Monsieur Kubota Tadao de Mukuo Animation qui était chargé du design artistique et on recevait donc aussi des instructions sur les couleurs des personnages de la part de Monsieur Kubota. On recevait une sorte de design de traits des dessins mais avec les numéros des peintures à utiliser. Ensuite, après avoir colorié les celluloïds en suivant les instructions qui nous ont été données, on vérifie tout cela avec le directeur de série, Monsieur Morishita Kozo ou encore avec le producteur, Monsieur Hatano Yoshifumi, on en discute ensemble en se disant « Il faudrait peut-être un petit peu plus foncer les couleurs ici » pour trouver un bon équilibre.
À l’époque, contrairement à aujourd’hui, on était encore à une époque où on utilisait de la peinture. On avait donc beaucoup moins de variété de couleurs à notre disposition. Du coup, le travail pour choisir les couleurs était réalisé de manière assez générale. En principe nous suivons l’idée des coloris proposée par le designer artistique mais en réalité, les celluloïds coloriés ne donnent parfois pas aussi bien. Il arrive que le contraste soit trop prononcé par rapport à ce qui était prévu, que les couleurs voisines s’influencent l’une l’autre et donnent une impression différente ou encore que la distribution de couleur soit trop proche des coloris d’un autre personnage. C’est là qu’on se dit « On va refaire cela en utilisant les couleurs d’une gamme plus claire » ou « Pour le rouge utilisons des rouges différents ». Mon travail est donc de réaliser ces ajustements en suivant les instructions qui me sont ainsi données.
-Quel était le concept élaboré pour chacun des 5 personnages ?
En ce qui concerne les 5 personnages principaux, comme l’idée était de commercialiser des jouets des Armures, les couleurs étaient déjà fixées un minimum. Par exemple, pour Pegase, comme c’est un cheval blanc, on avait choisi la couleur blanche mais dans l’animation, le blanc est une couleur difficile à utiliser. Au début, pour les ombres de la couleur blanche, j’utilisais du gris mais quand les Armures ont été renouvelées, j’ai opté pour un ton bleuté pour les ombres afin de donner un aspect plus métallique. De plus, pour Hyoga, qui est un cygne blanc et que l’on voulait aussi représenter en blanc, j’ai mis une couche de bleu clair sur l’ensemble et je l’ai différencié davantage grâce à la couleur des ombres. Ensuite, comme c’était au moment où on ne savait pas encore si Ikki était un allié ou un ennemi, on lui a donné une autre allure que les 4 autres, un schéma de couleur qui puisse également donner une impression de méchant et on a introduit à certains endroits de l’orange qui symbolise le feu du Phoenix.
-On voit que les couleurs du dragon et du Phoenix ont changé depuis le renouvellement des Armures.
L’histoire de rapprocher la couleur vert émeraude du dragon vers le bleu était une idée qui avait été donnée depuis le début. Je ne sais plus pourquoi on avait lancé cette idée mais on a décidé de lui donner une Armure bleue tout en conservant le vert pour les ombres. On a choisi un rose encore plus foncé pour Androméda. Le Phoenix est devenu totalement un allié mais je pense qu’on lui a donné un schéma de couleur spécial parce qu’il a tout de même une place différente par rapport aux 4 autres. Je n’arrive vraiment pas à me souvenir pourquoi on avait décidé de lui donner un ton bleu.
Les masques des premières Armures étaient des têtes d’animaux et dessiner ces masques de manière stylée c’est assez difficile. Sur le terrain on demandait des Armures qui soient faciles à dessiner. De plus, Monsieur Araki Shingo demandait s’il pouvait juste retirer le casque et progressivement le scénario du casque qui tombe durant le combat, laissant alors s’envoler les cheveux est devenu le scénario classique. C’est aussi pour cela que pour les nouvelles Armures, on a élaboré des masques plus simples, plus proches de l’œuvre originale. Ainsi, on pouvait laisser voler les cheveux tout en gardant le casque.
-Les Armures d’Argent ne sont en fait pas argentées, elles sont très colorées.
Pour les Armures d’Argent, on s’orientait vers une idée de colori principalement blanc, en amenant de la diversité grâce aux couleurs choisies pour les ombres. Il s’agit bien d’argenté mais ce n’était pas chouette de mettre tout le monde en argenté. Cela allait peut-être être le cas pour les jouets mais pour l’animé on s’obstinait à dire « C’est aussi une forme d’argenté ». Nous avons évidemment pensé aussi aux caractéristiques propres à l’argenté. Pour les Armures on a inséré beaucoup de surfaces blanches et on a donné un contraste prononcé pour les ombres. On pense aussi toujours à insérer des touches de couleurs spécifiques.
Cependant, je ne me suis pas presque pas occupé des guest characters apparus après le deuxième épisode. Pour les guests de chacun des épisodes, on fonctionnait aussi selon le système avec le coloriage des images en suivant les instructions données par le designer, ensuite leur vérification par le metteur en scène avant l’utilisation Ensuite, au cours de la série des Chevaliers d’Acier, le système de la société a changé et j’ai à nouveau rejoint le staff principal dans les environs de Babel et Algol. J’arrivais petit à petit à faire passer mes idées de manière plus déterminée.
-Bandai avait-il décidé d’emblée les couleurs pour les Chevaliers d’Acier ?
Il y avait déjà des prototypes de jouets. On a donc repris telles quelles les couleurs qui y étaient utilisées. On avait donc du rouge, du bleu, du jaune, ce qui donnait une impression similaire à Gundam (rire).
-Dans l’œuvre originale, les Chevaliers d’Or ne comportent qu’une couleur dorée mais on voit que malgré la même couleur dorée, vous avez rajouté de l’ombre.
Pour les Armures d’Or, on a utilisé les trois couleurs : jaune, jaune dans les tons orangés et jaune dans les tons blancs pour assurer la netteté. De plus, au stade du design, on a introduit des pierres précieuses pour accentuer le tout. C’est aussi Monsieur Kubota qui a choisi le schéma de couleurs pour lequel je me suis chargé de régler les détails. Pour les underwears, on a procédé de la même manière mais on a choisi les couleurs au cas par cas, à chaque fois que les personnages apparaissaient. On n’a donc pas tenu compte des moments où ils allaient se retrouver tous les 12 alignés. En fait, à la base, il n’existait, au niveau des Armures d’Or, que celui du Sagittaire, ce qui lui donnait une dimension très symbolique. C’est par la suite que l’on apprend qu’il y en a 12, histoire qui m’a fort surpris (rire).
-En ce qui concerne les Armures, elles sont élaborées sous deux formes différentes, l’une est la forme quand ils sont portés par les personnages et l’autre est la forme d’objet. Pour les instructions de couleurs de quelle forme teniez-vous compte en premier ?
Je pense que le designer artistique pensait d’abord à sa forme en tant qu’objet mais en réalité il y a des endroits où les couleurs ont été modifiées de la forme objet à la forme portée. On se disait que c’était admissible en tant que « Mensonge des animés » dont on parle souvent et puis cela ne nous a jamais posé de problèmes. Je me souviens que pour les personnages desquels on produisait des objets, il fallait commercialiser les jouets et donc on s’occupait de leur design en priorité dans le planning.
-Pour le coloriage des Gods warriors originaux des animés, comment avez-vous décidé de procéder ?
À partir de la version Asgard, le designer artistique a changé de Monsieur Kubota à Monsieur Shikano Yoshiyuki et c’est Monsieur Shikano qui s’occupait des couleurs des personnages principaux. Je proposais parfois des autres schémas de couleurs que ceux qui m’étaient envoyés en disant « Cela donnerait peut-être bien aussi », je pouvais donc également faire des propositions comme si on était dans une compétition. On s’éloignait complètement du modèle du système avec un designer artistique mais j’avais des idées de couleurs que je voulais absolument tenter. On me laissait ainsi proposer mes idées. Il me semble que les personnages pour lesquels mes idées ont été utilisées étaient…. Tall et Hagen.
Comme Asgard lui-même est un monde dans lequel on ne retrouve que de la neige, de la glace et un ciel nuageux, je me suis servi uniquement des couleurs blanches ou bleutées pour les Gods Warriors, sans utiliser de couleurs chaudes. De plus, comme j’avais l’impression que les personnes nordiques avaient un teint clair, j’ai choisi de leur donner des cheveux argentés ou blonds clairs. J’ai aussi veillé à représenter le froid du nord. C’est à partir de cette histoire que l’Armure de Pegase a été remplacée par la nouvelle Armure, ce qui augmentait les surfaces de underwear visibles. C’est aussi pour cette raison que j’ai décidé d’éviter le plus possible la couleur rouge pour les autres personnages.
-On a vu des nouveautés comme la fourrure de Fenrir.
Quand on a fait le design des premiers Gods Warriors qui apparaissent dans le film « Kamigami no Tatakai », Monsieur Araki disait que dans les mythologies nordiques il y avait nécessairement de la fourrure. Le concept de cette édition Asgard était de rallonger l’histoire en deux saisons. C’est pour cela que le design des Gods Warriors se place aussi dans la continuité du film.
-Ensuite pour les Mariners de la partie Poséidon, dans l’œuvre originale, ils sont de couleurs dorée comme les Chevaliers d’Or mais on voit que vous avez accentué la couleur orange dans l’animé.
Je ne sais plus si c’était du côté de Toei ou du côté de Bandai que l’on nous en avait fait la demande mais on nous avait demandé de les distinguer de manière claire avec Chevaliers d’Or. C’est pour cela que l’on s’est dit qu’on allait choisir l’orange. Pour les endroits jaunes, on a utilisé la même couleur que les Armures des Chevaliers d’Or mais pour l’orange on a décidé d’assumer le « véritable orange ».
-Pour les parties des objets qui n’existent pas sous la forme portée… Il s’agit des endroits que l’on appelle les frames pour les jouets, pour les Armures d’Or, le même doré que les Armures était utilisé mais pour les Ecailles, on voit qu’on a fait un coloriage plus foncé. Pourquoi ?
Je pense qu’on a voulu faire ressortir de manière plus claire, également dans les objets, les différences avec les Armures d’Or. J’ai utilisé une couleur noir mat en m’inspirant des masques que l’on retrouve sur l’armure des chefs de guerriers Sengoku. Pour moi, au niveau esthétique, j’avais l’impression que c’était plus stylé d’utiliser cette couleur pour les endroits autres que l’armure. Je ne savais pas où allait aller cette partie au moment où les Ecailles allaient être portées (rire) mais je pense que le fait de finaliser le tout en coloriant les espaces entre les différentes parties de l’armure en noir l’a rendu d’autant plus stylé.
-Les jouets de l’époque (de la série des Armures des Saints) des Armures d’Or ne comportaient que la seule couleur dorée mais pour les Ecailles, on retrouvait les mêmes couleurs diverses que dans l’animé.
Pour les Armures d’Or je pense que comme la commercialisation des jouets a été traitée en priorité, il y a eu des divergences de couleurs par rapport aux setteis de l’animé qui est sorti par la suite. Pour les Ecailles, j’imagine qu’ils ont eu le temps nécessaire pour faire correspondre les jouets et l’animé. Je me souviens avoir été ému en voyant les jouets colorés exactement de la même manière que ce qui était mentionné dans les instructions des couleurs. C’est vraiment incroyable de voir comment dans « Saint Armures Myth », qui est actuellement en vente, on retrouve telles quelles les couleurs des Armures d’or.
-Avez-vous d’autres travaux de coloriage dont vous vous souvenez ?
Quand Shiryu se donne à fond, on voit apparaitre un tatouage sur son dos. Je l’ai dessiné par-dessus les celluloïds avec un aérographe. Du coup je les retrouvais souvent abimés par les frottements qu’ils subissaient lors du tournage. C’était alors compliqué car il fallait les dessiner à nouveau. On n’avait pas trop envie de devoir manipuler ce tatouage mais les metteurs en scène voulaient toujours que le tatouage soit visible pendant les attaques alors que c’est difficile car on faisait toujours alterner les couleurs de l’arrière-plan comme des flashs. De plus, quand il tombe à terre épuisé, on le dessine toujours avec le dos vers le haut en lui faisant dire « Contemple donc mon dragon ! » (rire). J’aurais préféré qu’il tombe sur son dos (rire). Si on avait réalisé tout cela à une époque comme la nôtre munie d’une technologie avancée, on aurait eu davantage de moyens pour cela mais aujourd’hui, il semblerait y avoir un tas de raisons pour lesquelles on ne pourrait plus montrer tout cela à la télévision (Les tatouages ont une connotation vulgaire due aux Yakuzas. Il est donc probablement impossible de montrer des héros tatoués dans une émission pour enfants). C’est pourquoi le fils de Shiryu qui apparait dans « Saint Seiya Ω » n’a pas hérité de ce tatouage.
-Quel épisode vous a-t-il marqué ?
Dans ceux dont je me suis chargé personnellement, c’est évidemment « Ougon Jyuni gu-hen ». Le déroulement par lequel ils traversent les 12 palais en 12 heures m’a rappelé « Kyojin no Hoshi » dans lequel on faisait d’un lancer de balle tout un épisode (rire). C’était intéressant de voir la diversité des Chevaliers d’Or qui apparaissaient l’un à la suite de l’autre au fil des épisodes. Chaque metteur en scène de chacun des épisodes a contribué à ces images intéressantes sous une forme de concurrence en exprimant chacune des attaques et l’atmosphère imaginée dans chacun des palais. De plus, il ne s’agit pas simplement de passer par chacun des palais. On avait laissé certains d’entre eux passer à la suite en avant les autres. C’était donc aussi chouette de voir les batailles se dérouler de manière simultanée. Les japonais aiment aussi les fins de type « Encore X heures restantes ». Vous voyez, un peu comme le « Encore X jours avant la fin du monde » qui existait (rire). On peut comprendre pourquoi c’est cette série qui a eu le plus de succès dans tous les « Seiya ».
De plus, une autre caractéristique de cette œuvre est l’apparition des images d’animaux pendant les combats. On n’a éprouvé aucun problème à dessiner Pégase, des dragons ou encore des Phoenix mais ce qui m’a marqué c’était le fait d’avoir réussi à réaliser un portrait élégant et beau du cygne qui n’a pas une allure si puissante. C’est la même chose pour Andromède. En réalité, le motif était celui d’une princesse se faisant sacrifier par le Kraken. Mais ce n’était pas très approprié de montrer une fille capturée pendant le combat. C’est pour cela qu’ils ont décidé de montrer en grand la galaxie M31 d’Andromède. Je me suis vraiment dit que c’était bien pensé (rire).
-Quels sont vos souvenirs de l’époque sur le terrain ?
Ces derniers temps, on modifie les couleurs par rapport à chaque scène mais avant on gardait la même couleur sans tenir compte des changements de luminosité du paysage. C’est ce qu’on appelle « la couleur normale ». On ne changeait que quand c’était nécessaire pour rester cohérent par rapport à la mise en scène. C’est aussi pour cela que Monsieur Morishita portait beaucoup d’attention par rapport aux couleurs de fond. Il disait par exemple « Je voudrais avoir le personnage de Saori debout, du coup je voudrais que le trône soit de cette couleur-ci ». Cependant, il ne disait rien de très précis. Vous pourrez le comprendre en regardant les storyboards de dessin mais il se contentait simplement de fixer un environnement dans lequel les personnages pourraient se mouvoir librement. Au fil de la hausse du succès que connaissait l’œuvre, les jeunes animateurs, en concurrence l’un l’autre, ont inséré en masse les ombres BL (nuances de ton noir) et le highlight. C’est plus ou moins à partir de la deuxième saison que tout le monde a commencé à se concurrencer ainsi. Monsieur Araki disait, en voyant cela, « Ce n’est plus la même chose ».
-C’était pourtant un moment où en tant que spectateur, on était content car on ressentait une certaine hausse de densité.
C’était très difficile au niveau du processus de travail. A l’époque, on coloriait à la main, ce qui prenait du temps et augmentait le risque de « Iropaka (quand on se trompe dans les couleurs des images de vidéo, la continuité des couleurs est rompue et laisse place à un changement de couleur comme un flash. C’est ce que l’on appelle Iropaka en japonais) ». Quand cela se produit, on doit procéder à un re-take. De plus, quand on essaie de réinsérer une image que l’on a déjà utilisée auparavant en tant que « Bank Cut », on a le problème de la divergence totale entre les sakugas avant et après cette scène. Les éléments souvent réutilisés sous la forme de Bank sont les scènes où ils se vêtissent de leur Armure ou encore les scènes des attaques fatales car Monsieur Araki les avait dessinées de manière assez simple. Il serait étrange d’avoir avant et après cette scène des images avec des couleurs prononcées. C’est pour cela qu’un jour, on a pris la décision suivante. « En principe, pour les Armures on n’utilise que des ombres normales. En ce qui concerne les Armures d’Or, on peut utiliser les ombres BL et le highlight mais on ne peut rien y insérer d’autres que les ombres nécessaires pour la mise en scène ». La décision a été prise pendant la période où Monsieur Morishita était le producteur.
-Pourriez-vous adresser un message à tous vos fans ?
Quand j’ai participé au design des couleurs dans « Saint Seiya Ω », j’ai revisionné les anciennes séries télévisées, ce que je n’avais plus fait depuis très longtemps. J’ai ressenti une certaine fraicheur en voyant des œuvres dans lesquelles on retrouve des images grandioses que l’on ne pourrait plus retrouver de nos jours et une force propre aux sakugas qui ne s’appuient pas sur le digital. Le charme des œuvres anciennes c’est le fait d’avoir l’impression que les images sont vraiment là. Il arrivait que les dessins soient décalés (rire) mais même dans ces moments-là, elles nous en mettaient plein la vue grâce au jeu d’acteur. De plus il y avait le scénario dans lequel on arrivait soudain dans un environnement d’un espace différent et débutait alors un combat un contre un. Cette perfection qui dépasse la raison et ce dynamisme étaient débordants dans « Saint Seiya ». Je suis très heureux qu’à travers ces Blu-Ray, les enfants puissent regarder cette œuvre.
Fin de traduction